Les effets des violences conjugales sur les femmes victimes

La vie de couple, malgré les évolutions sociétales de ces dernières décennies, continue de représenter un idéal.Les femmes victimes de violences conjugales sont souvent prisonnières de cet « idéal ». La violence conjugale s’inscrit dans une relation amoureuse. Cette donnée permet de comprendre l’état de confusion, d’hésitation voire d’ambivalence dans lequel se trouve la victime face aux violences qu’elle subit de la part de son conjoint.

« LE PROCESSUS D’EMPRISE SE DÉROULE EN DEUX TEMPS : cela commence par la séduction, puis si la femme résiste, l’homme use de procédés violents de plus en plus manifestes. La phase de séduction donne l’illusion d’un échange affectif … Les femmes parlent souvent d’un amour idéal, d’un prince charmant … Il ne s’agit pas d’une séduction amoureuse, réciproque, mais d’une séduction narcissique destinée à fasciner l’autre et, en même temps, à le paralyser … LA FEMME EST DÉSTABILISÉE ET PERD PROGRESSIVEMENT CONFIANCE EN ELLE. Même si sa liberté s’érode petit à petit, elle continue à croire qu’elle est libre et que l’homme ne lui impose rien. Pourtant, par des micro-violences ou de l’intimidation, elle est progressivement privée de tout libre-arbitre et de tout regard critique sur sa situation. Elle est dans le flou et l’incertitude, réduite à la soumission, empêchée de discuter ou de résister, et elle finit par considérer comme normale la façon dont elle est traitée … L’emprise empêche la femme de se révolter contre l’abus qu’elle subit, la rend obéissante et l’incite à protéger son agresseur et l’absoudre de toute violence.». (Marie-France Hirigoyen, Docteure en médecine, spécialisée en psychiatrie – extrait de l’ouvrage « Femmes sous emprise, Les ressorts de la violence dans le couple »- édition Oh ! – 2005).

POUR SE LIBÉRER DE L’EMPRISE ET DE LA PEUR, LE CHEMIN PEUT ÊTRE LONG. IL S’EFFECTUE SOUVENT PAR ÉTAPES, PAR DES ALLERS ET RETOURS. Sauf danger, il faut accepter ce processus, les choix de la victime et l’aider à prendre conscience de la réalité de sa situation et de l’emprise dans laquelle elle est maintenue par son conjoint. Il s’agit de respecter son rythme car renoncer à la violence c’est renoncer à sa vie de couple. Sortir de l’emprise est d’autant plus difficile que des sentiments différents coexistent (l’amour, la peur, le renoncement à un couple, une vie de famille idéalisée, le doute, la crainte de l’inconnu…) et que le conjoint la maintient en permanence dans une situation de confusion et de crainte. Toute femme, quelle que soit sa personnalité ou sa position sociale, peut avoir à subir la violence de son conjoint, mais certains facteurs de vulnérabilité facilitent parfois l’accrochage avec ce type d’hommes et diminuent les défenses de la femme.

« Comment ai-je pu accepter ça ? Je ne me rendais pas compte que c’était inadmissible. Je me suis plusieurs fois révoltée intérieurement, mais je n’ai jamais rien dit. A chaque insulte il aurait fallu que je dise : « je n’accepte pas que tu me parles comme ça », mais, au lieu de ça, il y avait un gouffre qui s’ouvrait sous mes pieds ».
« Il me disait que j’étais nulle, mauvaise, et que je méritais d’être corrigée. Je pensais qu’il avait sans doute raison,que je n’étais pas assez bonne, puisque je n’arrivais pas à l’apaiser ».(Asa Grennvall – ouvrage 7e etage – édition l’Agrume – 2013).

7e étage illustration référentiel

(Asa Grennvall – ouvrage 7e etage – édition l’Agrume – 2013).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES EFFETS PSYCHOLOGIQUES

Le contrôle constitue un des éléments du processus d’emprise. L’agresseur prend progressivement possession de la vie de l’autre en la commandant, dans le but de la dominer. Ce contrôle peut prendre des formes différentes : contrôle des tenues vestimentaires, des repas, des relations sociales, perturbation du sommeil etc … Petit à petit, la victime est isolée de sa famille, de ses amis et de son travail …« En isolant sa femme, l’homme fait en sorte que sa vie soit uniquement tournée vers lui. Il a besoin qu’elle s’occupe de lui, qu’elle ne pense qu’à lui ».(Marie-France Hirigoyen, Docteure en médecine, spécialisée en psychiatrie – extrait de l’ouvrage « Femmes sous emprise, Les ressorts de la violence dans le couple »- édition Oh ! – 2005).

Souvent, la victime s’isole « d’elle même » pour éviter que la situation ne dégénère si elle échange avec des personnes extérieures au couple. Elle adapte son comportement à celui de son conjoint. Elle renonce à ses propres envies pour satisfaire celles de son conjoint et ainsi, espère-t-elle, limiter sa violence.« L’estime de soi diminue, la femme perd toute assurance, devient plus fragile et plus vulnérable ». (Professeur Debout Chef du service de Médecine Légale CHU de Saint Etienne – Réalités n°90 – Publication de l’UNAF – JUIN 2010).

Ces situations génèrent un stress et une tension permanente, imposant une adaptabilité de tous les instants de la part de la victime . Les conséquences sur la santé sont importantes.

 
LES EFFETS SUR LA SANTÉ DE LA VICTIME

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé et le Professeur Debout Chef du service de médecine légale au CHU de Saint Etienne, les violences au sein du couple ont une incidence majeure sur la santé des femmes, elles entraînent à court et long terme de graves problèmes de santé physique, mentale, sexuelle et génésique pour les victimes et leurs enfants et elles ont de ce fait des coûts sociaux et économiques élevés. Les lésions traumatiques sont multiples, d’ancienneté différente et de nature très variées. Le Professeur Henrion a mis en évidence que les femmes victimes de violences conjugales perdent entre une et quatre années de vie en bonne santé.

Selon l’Organisation Mondale de la Santé, les conséquences sanitaires sont multiples www.who.int/mediacentre/

  • La violence à l’encontre des femmes peut avoir une issue mortelle, qu’il s’agisse d’homicides ou de suicides.

  • La violence d’un partenaire intime et la violence sexuelle peuvent entraîner des grossesses non désirées,des avortements provoqués, des problèmes gynécologiques et des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH. L’étude de 2013 a montré que les femmes qui avaient été victimes d’abus sexuels ou de maltraitances avaient 1,5 fois plus de risques de souffrir d’une infection sexuellement transmissible et, dans certaines régions, d’être infectées par le VIH que les femmes qui n’avaient pas subi de violence de leur partenaire. Elles risquent également deux fois plus souvent de subir un avortement.

  • La violence d’un partenaire intime pendant une grossesse augmente aussi la probabilité de fausse couche, de naissance d’enfants mort-nés, d’accouchement prématuré et d’insuffisance pondérale à la naissance.

  • Ces formes de violence peuvent entraîner des dépressions, des états de stress post-traumatique, des troubles du sommeil, de l’alimentation, des troubles psychiques et des tentatives de suicide. La même étude a constaté que les femmes qui avaient subi des violences de la part de leur partenaire intime étaient presque deux fois plus nombreuses à connaître des problèmes de dépression ou d’alcoolisme.

  • Les effets sur la santé peuvent prendre la forme de céphalées, des douleurs du dos, des douleurs abdominales, des fibromyalgies, des troubles digestifs, une mobilité réduite et un mauvais état de santé général … etc.

  • La violence sexuelle, en particulier pendant l’enfance, peut entraîner une augmentation du tabagisme, l’usage abusif de drogues et d’alcool et des comportements sexuels à risque à un stade ultérieur de la vie. On l’associe aussi à une tendance à recourir à la violence (pour les hommes) ou à être victime de violences (pour les femmes).

Le Professeur Debout précise : « que l’état de tension, de peur et d’angoisse dans lequel les femmes maltraitées sont maintenues par leur agresseur peut produire différentes formes de troubles psychiques. Plus de 50 % des femmes victimes de violences conjugales font une dépression. Elles peuvent être la conséquence naturelle d’une situation dans laquelle la femme se sent ou est réellement dans l’impossibilité de fuir. Elles peuvent être liées au sentiment que la vie du couple arrive à son terme, à une incertitude de l’avenir, à la peur des représailles, de perdre la garde de ses enfants, des difficultés économiques… ». (Professeur Debout Chef du service de Médecine Légale CHU de Saint Etienne – Réalités n°90 – Publication de l’UNAF – JUIN 2010).

« DE NOMBREUSES FEMMES VICTIMES DE VIOLENCES CONJUGALES PRÉSENTENT LES SIGNES D’UN SYNDROME POST-TRAUMATIQUE avec expérience itérative des événements qui reviennent en des pensées « intrusives », flash back, ou provoquent des cauchemars. Il peut même se mettre en place des états de désorientation ou de confusion mentale, avec pensées délirantes ou paranoïaques. On peut aussi constater des troubles réellement psychotiques, la violence conjugale pouvant révéler ou exacerber un état antérieur. »(Professeur Debout Chef du service de Médecine Légale CHU de Saint Etienne – Réalités n°90 – Publication de l’UNAF – JUIN 2010).

Le Docteur Muriel Salmona (Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences faites aux femmes et la lutte contre la traite des êtres humains) estime que les violences conjugales créent chez la victime une angoisse extrême de type post traumatique. Ce stress entraîne un risque vital cardiovasculaire et neurologique. Pour stopper ce risque fonctionnel, le circuit neuronal « disjoncte » automatiquement grâce à la sécrétion de drogues (les endorphines et les kétamines-like).

Cette disjonction éteint le stress crée par la violence et entraîne :

  • Une anesthésie psychique et physique,

  • Un état dissociatif (conscience altérée, dépersonnalisation),

  • Des troubles de la mémoire (mémoire traumatique émotionnelle).

Cette « mémoire traumatique » est non contrôlable. Elle résulte du blocage de la communication entre le cerveau émotionnel en hyperactivité et le lobe préfrontal qui est le centre décisionnel conscient. Cette mémoire n’a pas été intégrée dans le « disque dur » du cerveau. Elle est piégée dans l’amygdale. Elle est le principal symptôme de l’état de stress post-traumatique. www.memoiretraumatique.org

IL EST DIFFICILE POUR LES VICTIMES D’ÉVOQUER CES VIOLENCES. Dans un certain nombre de situations, les victimes n’ont pas conscience que leurs symptômes sont liés aux violences subies. Aussi, pour le praticien, la meilleure façon de dépister les violences conjugales est d’interroger systématiquement toutes les patientes sur le vécu des violences. Les victimes peuvent faire établir un certificat médical relatif à cet état de stress post traumatique. Elles pourront le joindre à un dépôt de plainte.

Réalisé, en 2013, à l’initiative de la MIPROF (Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains), le court-métrage Anna est à la destination des professionnel-le-s de santé, d’une durée totale de 15 minutes, se découpe en 3 parties illustrant successivement :

  • les mécanismes de la violence,

  • le repérage,

  • la prise en charge des femmes victimes de violences.

www.stop-violences-femmes.gouv.fr

VOIR FICHE RESSOURCE THÉMATIQUE SANTÉ
 

LES EFFETS SUR LA VIE PROFESSIONNELLE

Les violences conjugales peuvent avoir des répercussions significatives sur la vie professionnelle des victimes. En effet, les blessures potentielles, le dénigrement, l’isolement, le contrôle de l’activité économique et des déplacements par le conjoint, la perte de confiance en soi peuvent perturber voire rendre difficile l’accès ou le maintien dans l’emploi ou la formation.

LE COMPORTEMENT DU CONJOINT PEUT MENACER LA POURSUITE DE L’ACTIVITÉ PROFESSIONNELLE DE LA VICTIME : harcèlement sur le lieu de travail en l’appelant sans cesse au téléphone ou en l’attendant à la sortie en lui faisant des scènes devant les collègues ou en la dénigrant, atteinte à son véhicule, la femme peut être dépossédée de l’accès à son salaire , etc …

Le recours au médecin du travail devrait permettre à la victime de trouver du secours et une orientation. L’employeur peut également témoigner des conséquences des violences subies par l’employée dans son cadre professionnel. De même, il est possible pour une femme qui travaille et qui doit s’éloigner de son conjoint pour violences, de démissionner et de percevoir des indemnités chômage (le changement de résidence est justifié par une situation où la salariée est victime de violences conjugales et pour laquelle elle justifie avoir déposé une plainte auprès du procureur de la République). (JORF N°0138 DU 16/06/2011 page 10202, texte 32, arrêté du 15/06/2011 portant agrément des accords d’application numérotés de 1 à 24 relatifs à la convention du 05/05/2011 relative à l’indemnisation du chômage »).

VOIR FICHE RESSOURCE THÉMATIQUE INSERTION PROFESSIONNELLE DES FEMMES

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